Ron Mueck

Publié le 27 janvier 2014 à 14:04

Ron Mueck

Silencieux, Ron Mueck abandonne à la discrète caméra de Gautier Deblonde, les coulisses de la création de trois œuvres inédites à voir jusqu’au 27 octobre.

 En résulte un passionnant flm de 50 mn qui audelà de ses gestes, ne livre pourtant rien des secrètes pensées qui inspirent l’artiste.

A vous d’interroger ses neuf œuvres au cœur de la Fondation Cartier qui expose Ron Mueck pour la seconde fois. Laissez vous surprendre…un détail peut démentir votre première impression, une main crispée, une blessure au fanc, une nudité incongrue.

Etrange ainsi cette fgure féminine, nue, cambrée sous le poids d’un fagot dont l’ombre portée nous dérobe l’ombre de son corps imposant. Une nature morte se joue aussi de nos sens : un poulet de plus de 2 m de haut, pendu à un crochet de boucher. Rien de sanguinolent là comme avec le boeuf écorché d’un Rembrandt ou d’un Soutine mais un aspect propre, aseptisé même et pourtant le regard se fge sur cette goutte d’eau qui semble retenir la vie au bout du bec, sur ces pattes tendues dans un dernier sursaut. Entre compassion et amusement, le visiteur hésite. Son quotidien se heurte aux ancestrales quêtes de l’homme.}

« - Il ne faut pas toucher Monsieur. - Il y avait une abeille… »

La perfection de la mise en scène, le réalisme des corps d’un couple à la plage sont tels qu’un insecte s’y est trompé, victime de l’illusion !

Illusion encore ? L’expression disparaît derrière l’apparence d’un visage endormi et laisse place à la pensée en train de naître… celle supposée de l’artiste ou celle du visiteur qui redécouvre la force spirituelle du masque qui cache autant qu’il révèle, fût-ce l’invisible? On se souvient alors de La Muse endormie de Brancusi (1910) et de
la photographie de Man Ray (Tête de Kiki avec un masque africain -1926).

Que faut-il voir enfn dans cette représen- tation d’un vacancier élevé à la verticale, les bras en croix : une icône dérisoire sous laquelle les ombres des visiteurs se regroupent comme pour rappeler la fragilité de leurs croyances et repères ?

Par Philippine Moranges