Paul Loup Sulitzer

Publié le 2 octobre 2014 à 18:50

La vie, un long fleuve tranquille ?
Une question pour le moins justifiée au regard des turbulences à laquelle fut soumise celle de Paul Loup Sulitzer.
Remous plus proche du tsunami que de la «croisière s’amuse».
Certes, les cicatrices demeurent, mais l’homme aux 60 millions de livres vendus dans le monde entier semble vouloir tourner la page.

Qu’est-ce qui peut pousser le plus jeune PDG de France (ndlr : à 21 ans en vendant des gadgets et des porte-clés) à se tourner subitement vers la littérature ?
Paul-Loup Sulitzer : A 15 ans, j’écrivais déjà des nouvelles et de la poésie. En réalité, dans les années soixante, je m’agaçais de voir comment les entrepreneurs
et donc les créateurs étaient taxés à mort. Ce qui m’a amené à écrire Money (1980) et par la suite Cash (1981) et Fortune (1982), des westerns financiers
dans lesquels je décrivais le fonctionnement retors des banques mais aussi l’esprit aventurier de ces entrepreneurs.
Aujourd’hui cela peut paraître ridicule ou banal, mais à l’époque c’était une révolution. Disons qu’au lieu d’aller me battre dans la rue, j’ai préféré être le témoin de mon époque.
Un peu comme l’aurait fait Balzac avec sa saga sur la Comédie Humaine…
P-L.S : C’est drôle que vous me parliez de lui car c’est l’un de mes auteurs préférés. Son témoignage de la bourgeoisie lorsqu’il décrit l’irrésistible ascension de César Birotteau ou l’arrivisme d’un Rastignac n’a jamais été égalé. J’ai essayé par le biais de mes livres de montrer ce qu’était la spéculation à mon époque sans en faire l’apologie.
Pourquoi vous définissez-vous comme un « metteur en livre » et non comme un auteur ?
P-L.S : Je ne conçois pas qu’un écrivain pour créer doive s’éclairer à la chandelle et souffrir. A mon époque, il était inconcevable, à de rares exceptions près, qu’un auteur puisse vivre de ses livres en France.
On pensait à tort que je faisais l’apologie du fric alors que j’étais accueilli en Chine ou en Union Soviétique à bras ouverts. En vérité, ce n’est pas une question d’argent, c’est de savoir si on a des choses à dire pour le plus grand nombre. C’est pour cette raison que je me considère comme un metteur en livre et non comme un besogneux qui écrit des livres pour se faire plaisir.
Pensez-vous que nous vivons aujourd’hui un capitalisme sauvage ?
P-L.S : Oui, et je ne suis pas pour ce capitalisme-là, ni pour aucune sorte d’idéologie totalitaire. Je suis pour la liberté d’entreprendre. Je suis pour la créativité. Peu importe le domaine dans lequel vous vous sentez le plus apte.

On vous sait un féru amateur d’art et vous fûtes même un collectionneur assidu. C’est aussi un domaine où il y a une large part de spéculation…
P-L.S : C’est tout à fait différent. Dans l’art, il y a un côté marché où le plus souvent les bons restent et les moins bons disparaissent. Il est normal qu’un collectionneur ait envie de renouveler sa collection sans pour cela être un spéculateur. Il ne le fait pas pour l’argent mais pour l’amour de l’art.
On vous connaît quelques incursions dans le cinéma (co-scénariste dans Dancing Machine de Gilles Béhat).

Les films d’Oliver Stone sur Wall Street reflètent-ils à votre avis la réalité de ce monde de la finance ?
P-L.S : Pour en avoir connu et vécu certains aspects, je dirais oui en plus d’être de bons films. Pareil pour le dernier film de Martin Scorcese Le Loup de Wall Street avec Di Caprio, excellent dans le rôle. On y développe une certaine réalité de ce que peut être la folie des spéculations en bourse. Drogues, soirées très chics, prostitutions…

 

Que pensez-vous du concept Nos’Arts ?
(Promouvoir les artistes émergents auprès des professionnels et du grand public) 

P-L.S : Une très bonne iniative. Les artistes sont souvent isolés, surtout les artistes émergent dont la sensibilité est souvent éloignée du brouhaha des médias et des mondanités des microcosmes citadins.

Quels conseils pourriez-vous donner aux artistes présents sur notre site web et dans ce numéro ?
P-L.S : D’êtres le plus visibles possible et d’expliquer le pourquoi et le comment de leurs oeuvres pour êtres accessibles au public et aux vrais amateurs d’art.