On a aimé

Publié le 23 janvier 2014 à 09:41

On A Aimé...

« Faillir être fingué »,  céline minard (rivages)

En une authentique épopée, tantôt burles- que, tantôt dramatique, Faillir être fingué renoue avec le Western, dans son acception originelle. Le mythe du grand Ouest américain est en effet intact, en tout point conforme à la bonne vieille légende. Ici, elle revient à la vie, dans le souffe qui se faufle dans des prairies sauvages, à l’approche d’une bourgade qui a poussé là, presqu’à l’improviste, mais où cavalent déjà les routes et les pistes.

Cette terre est celle d’Eau-qui-court-sur-la- plaine dont la tribu a été massacrée et qui maintenant, soigne et guérit l’homme blanc et les gens de son peuple à la peau rouge.

 

Elle va croiser les frères mc Pherson dont le chariot brimbalant défe la plaine, en emportant sous la bâche une mère agonisante. Elle va sauver gifford, en lui arrachant à l’instant ultime la variole qui le ronge.

Il y a aussi Xiao Niu qui déchiffre le chant du coyote. Et bird boisverd, pourchassé par Elie dont il a volé la montre. Ou encore Arcadia la contrebassiste, que la bande de Quibble a privée de son archer. Il y a encore d’autres personnages hauts en couleurs dont les destins, comme les pièces d’un puzzle, vont s’assembler pour créer une fresque audacieuse où le mythique Far West se révèle encore en un monde sans foi, ni loi.

Éditions Rivages, 336 pages, 20 euros

 

« Les saisons de Louveplaine », cloé Korman (Le Seuil)

Nour, une jeune femme d’origine algérienne, n’a plus aucune nouvelle de son mari. Parti travailler en France depuis trois ans, il lui a pourtant promis qu’il les ferait venir ici, elle et leur petite flle. Nour prend en urgence un premier vol pour rejoindre Louveplaine, la où le conjoint absent s’est installé. Mais il n’y a pas âme qui vive dans l’appartement vide, perché au quinzième étage de la tour Triolet. Hassan s’est volatilisé et la ques- tion est pour le moment entière. Pourquoi ?

D’abord déconcertée, mais fermement  décidée à remettre la main sur l’époux disparu, Nour part à  la rencontre des habitants de la cité, en mettant peu à peu au jour des vies apparemment ordinaires et des secrets mêlés d’espoirs. Presque naturellement, un énigmatique Sonny va croiser sa route. Le garçon est, paraît-il, bon élève au lycée, mais il est apparemment complice de quelques trafcs clandestins. Au sujet d’Hassan, il semble en outre connaître des choses dont il ne dit pas tout. Une fois de plus, la question surgit. Pourquoi ?Nour progresse à tâtons dans la cité, au gré d’un itinéraire jalonné de rencontres qui risquent d’écorner un peu plus l’image d’un mari exemplaire.

Éditions Le Seuil, 398 pages, 21 euros.


« Uniques », Dominique Paravel (Serge Safran)

Dans la rue Pareille à Lyon, c’est le jour de l’épiphanie. élisa, la vieille émigrée italienne, fâne au hasard des rayons du supermar- ché, Angèle cherche à caser à tout prix des forfaits téléphoniques, violette pâtit d’exclusion à l’école, Jean-Albert supprime des emplois et élisée lorgne sur sa voisine depuis sa fenêtre…


Dans le quartier où elle a grandi elle aussi, Susanna balade un regard d’artiste pour collecter des fragments de vies minuscules, piochés au hasard de destins parallèles : « Cette image de la rue Pareille c’est moi qui l’ai réalisée. L’artiste, c’est moi. Les visiteurs s’en vont, remplacés par d’autres, un mouvement incessant qui se répète selon le même rituel. Curiosité, attente, déception, regards en biais, haussements d’épaule. »

D’emblée, le lieu évoque la rue vilin d’antan, théâtre de l’enfance parisienne de Georges Perec et ces chroniques de la solitude ordinaire mettent en lumière des destins malmenés dans le monde d’aujourd’hui.

Le creux des propos qui expliquent un licenciement ou les absurdités assénées sur l’art contemporain donnent à ce premier roman l’allure d’une satire sociale, où l’humour se révèle porteur d’une humanité et d’un espoir certains.

Serge Safran Éditeur, 168 pages, 15 euros.

 

 

Par Alain Baudin